Makoun: "Être plus guerriers et conquérants"
Invaincu lors de ses matches d'ouverture de Coupe du Monde, le Cameroun attaque la compétition sud-africaine contre le Japon, lundi à Bloemfontein. Dans un groupe E relevé, les Lions Indomptables n'ont pas le droit à l'erreur contre la formation supposée la plus faible de la poule. C'est en tout cas le sentiment de Jean II Makoun, rencontré à Lyon avant son départ en Afrique du Sud.
Ici en duel avec Cristiano Ronaldo, Jean II Makoun a confiance dans les possibilités camerounaises de réaliser un bon Mondial. (Reuters) Ici en duel avec Cristiano Ronaldo, Jean II Makoun a confiance dans les possibilités camerounaises de réaliser un bon Mondial. (Reuters)
Quand on dit Coupe du monde et équipe africaine, on pense forcément au Cameroun...
Oui, on y pense, moi, ça me rappelle lorsque Samuel Eto'o a participé à sa première Coupe du monde. Moi qui suis passé dans le même centre que lui, j'étais très content pour lui. J'ai vu pas mal de gens avec qui j'ai été formé avoir une sélection, jouer une Coupe du monde. Après, on se souvient aussi lorsque Roger Milla fait sa danse avec le drapeau de corner (le Cameroun a atteint les quarts de finale en 1990, ndlr), ça a été un choc pour le Cameroun, pour ne pas dire pour l'Afrique, ce sont des moments qu'on n'oublie pas, on a envie d'être à leur place, de faire comme eux.
Les danses de Roger Milla, vous les reproduisiez, vous, sur le terrain ?
Nous non, mais on a nos trucs africains: avant chaque entraînement, on chante, on danse et avant chaque match, on a de la musique africaine, c'est un rituel.
Gamin, vous l'imitiez, Roger Milla, quand vous marquiez des buts ?
Non, car moi, milieu de terrain ou défenseur, c'était un peu difficile de marquer ! Encore aujourd'hui d'ailleurs. Même si de temps en temps, ça m'arrive d'être devant le but et de marquer, ce n'est pas trop mon truc, donc c'était un truc unique à lui.
"On a la qualité et les joueurs pour faire une très bonne Coupe du monde."
Vous disiez en début d'année, que la Coupe d'Afrique des Nations serait très importante pour vous donner confiance pour le mondial africain, ça ne s'est pas très bien passé pour le Cameroun...
Ça ne s'est vraiment pas bien passé par rapport au premier tour. On a été en-dessous du potentiel qu'on a dans le groupe. Je pense qu'il n'y a pas beaucoup de joueurs qui ont joué à leur niveau durant cette CAN. Maintenant, c'est passé et chacun a pu faire son autocritique par rapport à ce qu'il a pu montrer dans cette CAN pour qu'on puisse repartir de bon pied pour la Coupe du monde, très importante pour nous et pour notre peuple. On a la qualité et les joueurs pour faire une très bonne Coupe du monde.
La confiance est toujours là ?
Oui, la confiance est toujours là. L'entraîneur est très très important, il a su trouver les bons mots pour parler à chaque joueur par rapport à ce qu'il a fait ou pas pendant la CAN, ce qu'il attend de lui.
Qu'a apporté Paul Le Guen au Cameroun ?
Quand il est arrivé au Cameroun, on était très content car il a su se mettre à notre rythme, il nous a laissé faire par rapport à certains rituels qu'on peut avoir à l'entrainement, avant les matches ou sur le terrain. Mais nous aussi, on s'est mis à son rythme, on est aussi restés très à l'écoute de son discours, notamment au début, où il est venu et il a dit qu'excepté peut-être Samuel Eto'o, notre meilleur joueur voire l'un des meilleurs au monde à qui il a donné le brassard et qui part pratiquement titulaire indiscutable, tous les autres avaient une place à gagner. Il a fait ce que pas mal d'entraîneurs n'ont pas fait durant les dix dernières années, il a enlevé le brassard à Rigobert Song, ce qui était difficile car personne ne voulait être à sa place après dix années de loyaux services, mais ça a donné confiance à tous ceux qui sont en sélection et tous ceux qui peuvent venir, ça a été un grand pas pour nos performances par rapport à ce qu'on a pu montrer pour la qualification.
Il a donc installé plus de concurrence au sein même de la sélection ?
Oui, il y a beaucoup, beaucoup plus de concurrence, on a vu que sur certains matches, ceux qui avaient l'habitude d'être là n'étaient pas sélectionnés, comme moi, je n'avais pas joué le match amical contre l'Egypte, mais j'ai parlé avec le staff et j'ai trouvé ça logique. Pour moi et pour tous les joueurs, je pense que c'est très important d'avoir cette concurrence.
"On est capables de passer ce premier tour"
Pays-Bas, Danemark et Japon dans votre groupe. Tout le monde pense que le coup est jouable, et vous ?
C'est jouable, mais c'est un groupe très très difficile, très serré et très costaud. Les Japonais, c'est très technique et intelligent, la Hollande, on sait ce qu'ils ont comme joueurs et ce qu'ils sont capables de faire. Mais je pense qu'on a aussi de très bons joueurs qui ont beaucoup de qualités, on est capables de passer ce premier tour.
Etes-vous d'accord si on dit que la faiblesse du Cameroun, c'est son mental ?
Non. Etre plus guerrier et plus conquérant, se mettre à la hauteur de l'événement, ça a souvent été notre point fort car on a souvent renversé des situations notamment pour se qualifier. Lors de la dernière CAN, on n'a pas été terribles dans le jeu, mais on a eu un mental très solide en renversant des situations très compliquées.
Mais moins en Coupe du monde...
C'est vrai, mais j'espère que le mental qu'on a eu pendant les matches éliminatoires, quand on était derniers, ou lors de la dernière Coupe d'Afrique quand on on était en difficulté, on va le garder et ajouter la qualité.
Certains espèrent voir une équipe africaine, sur son territoire, finir dans le dernier carré. C'est possible ?
Ce serait très bien pour le continent africain. On a de très bons joueurs pour mettre certaines équipes en difficulté, je crois qu'avec le mental et l'abnégation, les pays africains sont capables, sur cette coupe du monde, de très bien figurer.
Les joueurs africains se sentent fiers de disputer cette Coupe du monde chez eux ?
Oui, bien sûr. C'est un privilège pour le continent africain et encore plus pour les pays qualifiés et les joueurs qui vont la disputer. Tout le monde a hâte d'y être, on ne peut pas voir mieux quand on est africain.
Ça peut donner une force supplémentaire aux sélections ?
J'espère ! Mais il ne faut pas oublier que c'est la Coupe du monde et qu'il y a des formations qui sont au-dessus des formations africaines. J'espère qu'il y aura un plus et que ça nous aidera à franchir plusieurs paliers.
"La France ira en demi-finale"
Personnellement, quels seront vos objectifs ?
Figurer parmi la liste des 23, faire des matches et aider mon pays à passer ce premier tour car moi, je ne l'ai jamais fait, que ce soit avec les jeunes ou les A. Que je sois titulaire ou remplaçant, je veux aider mon pays comme je peux.
On a aussi envie de se montrer, afin de séduire les dirigeants de grands clubs européens ?
Ah oui, c'est sûr ! Moi je vous le dis tout de suite: j'y vais pour être sur le terrain, faire le plus de matches possible, il n'y a pas meilleur pour se montrer. J'espère, pour le Cameroun mais aussi pour moi, franchir un palier supplémentaire.
Y a-t-il un joueur que vous voulez absolument croiser pendant cette Coupe du monde ?
Non, par contre, j'ai envie de jouer contre la France car j'ai des amis là-bas.
Que pensez-vous justement de la France ?
Je ne la vois pas en difficulté. J'ai même mis un pari pour eux avec un collègue du vestiaire en disant que la France ira plus loin que les quarts de finale, ils ont l'effectif pour et les joueurs vont montrer, par rapport à tout ce qu'on a dit sur eux, qu'ils ont les qualités pour aller au bout de la compétition. Ils vont parler entre eux et auront à coeur d'effacer toutes ces critiques. Avant la Coupe du monde, j'ai parié avec Hugo (Lloris) en lui disant qu'il allait tout arrêter.
C'est donc avec Hugo que vous avez parié que la France irait en demi-finale ?
Non, pas avec lui, mais je lui ai dit qu'il faut qu'il arrête tout car j'ai un gros pari. Et ce n'est pas Sidney Govou non plus (rires).







